6 juil. 2007

J.M. Déguinet, libre penseur breton


Jean-Marie Déguinet, le fameux paysan bas-breton dont les mémoires sont un best-seller incontournable pour qui aime la littérature bretonne, vécu au 19ème siècle. Tour à tour mendiant, soldat, paysan et miséreux, sa vie se lit comme un roman. Romantique malgré lui, il se voulait libre penseur, républicain, philosophe. Autodidacte, il apprend à lire et à écrire pendant le peu de répits que lui laisse son travail à la ferme, grâce à des morceaux de papier trouvés par terre... Et s’il se décide à s’engager dans l’armée française ce n’est pas pour combattre des ennemis de la nation mais avant tout pour ne pas mourir de faim, et pour vaincre définitivement son illettrisme originaire.

Doté d’un sens aigu de la critique (consécutif à un accident de jeunesse selon lui), il passera sa vie à remettre en question les croyances de ses contemporains les plus proches, à savoir, les bretons. En ces campagnes profondes où perdurent toutes sortes de légendes celtiques relatant des histoire de chats noirs maléfiques, ou l’existence de farfadets, korrigans et autres malin génies nés d’un imaginaire naturel, ce que redoute le plus Déguinet c’est le « génie du christianisme ». Anticlérical depuis un voyage à Jérusalem (« Je ne voyais plus les choses avec les yeux de la foi aveuglante et abrutissante »), sa vie deviendra dès lors un perpétuel combat contre l’obscurantisme religieux. Philanthrope, homme du monde, il voudrait convaincre ses semblables de la nécessité d’une instruction autre que celle proférée par les pères jésuites de son canton. Celui qui a lu ses mémoires connaît le malheureux dénouement de la vie d’un homme prônant haut et fort un tel engagement en matière de religion. En ces temps et lieux où la contestation n’a guère lieu de se manifester, il faut se signifier toute l’audace, la folie, de cette démarche effectuée par un pauvre paysan breton ! A la fin de sa vie, il aurait souhaité vivre en ermite dans sa vallée (son Stang-Odet), mais le sort à voulu qu’en stoïcien il accepte de changer plutôt ses désirs que l’ordre du monde... Et si au sortir de l’armée il accepte un mariage arrangé, une vie de labeur, au détriment d’une vie contemplative, ce n’est pas sans pactiser au préalable avec sa conscience ; « Pour mes opinions et idées politiques et religieuses, j’irais à l’échafaud ou au bûcher plutôt que de céder <...> Mais lorsqu’il s’agit de porter secours, de rendre service à quelqu’un, fut-il mon plus grand ennemi, je ne me refuse jamais » (p 276).
Il y a chez Déguinet cette absolue liberté de penser bretonne, cet anarchisme latent chez les incultes, s’exprimant littéralement chez les hommes de lettre de cette région (anarchisme dont parle Jean Grenier dans sa thèse de doctorat La philosophie de Jules Lequier).

« Vanité des vanités, tout n’est que vanité »

janvier 2001

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