17 sept. 2011

Pourquoi Weymouth (1)











« Pourquoi allez-vous à Weymouth ? » m’avait demandé le vieil Anglais qui me précédait dans la queue de l’embarcadère de Saint-Malo, tôt le matin en ce dimanche d’août. « C’est vrai, pourquoi aller se promener seul en Angleterre, alors que je suis en vacances en compagnie de ma petite famille ? » m’étais-je dit. Pouvais-je confesser à ce vieil anglais la raison profonde de mon départ ? Non. Je lui répondis que j’allais à Weymouth afin d’y entamer une randonnée dans le Dorset, sur la superbe Jurassic coast… En réalité, mon petit voyage était motivé par un grand écrivain, philosophe et poète anglais : John Cowper Powys et par un de ses livres en particulier.

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J’apprécie un livre pour les images qu’il grave dans ma mémoire. Les romans de John Cowper Powys contiennent toujours des images précises et envoûtantes qui marquent fortement l’esprit. Dans Les sables de la mer ce sont des images liées à la mer, en l’occurrence la Manche, telle qu’elle s’étend le long de la côte du Dorset.

La scène inaugurale de Sables de la mer présente un homme marchant d’un pas rapide sur l’esplanade de la petite cité balnéaire, un soir de janvier. Cet homme, dénommé Magnus Muir, répétiteur de latin de son état, se dirige en direction de l’embarcadère pour accueillir une jeune femme en provenance du continent. Le ferry vient d’accoster et l’homme est seul dans l’obscurité, à ressasser de vieilles pensées. En face de lui, de l’autre côté du port, scintillent les façades allumées des maisons bordant l’esplanade de la ville. À l’horizon apparaissent quelques phares et de rares lumières de bateaux.

Les sables de la mer est un livre dans lequel la cité balnéaire occupe un rôle à part entière. D’ailleurs, ainsi que le confie Powys dans son journal intime, il aurait souhaité construire son roman à partir des façades des maisons qui dominent la plage, des rues et autres éléments qui composent la ville. Au final, il a construit son livre autour d’une galerie bigarrée de personnages, mais les éléments singuliers de la cité balnéaire y sont tout de même très présents : la statue du roi sur l’esplanade, le clocher de l’église, le théâtre de guignol sur la plage et les falaises de craie qui apparaissent au loin. Ces éléments donnent une épaisseur au roman dépassant la simple fonction décorative car tous possèdent une âme, un je-ne-sais-quoi qui ne laisse pas indifférent.

La promenade sur l’esplanade, faite sous un ciel toujours changeant, est une expérience inoubliable pour qui a lu et aimé Les sables de la mer. Il y a tout d’abord ce blanc lumineux de falaises de craie apparaissant puis disparaissant sous les rayons du soleil. Au fur et à mesure des heures et des marées la plage se vide puis se remplit des couleurs vives des cabanes de jouets, parasols et pédalos. Le soir, quand le soleil est bas et que la mer est calme comme un lac sous un ciel couleur pastel, on aimerait être peintre et s’asseoir sur une des chaises longues pour esquisser une aquarelle…

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NB : je remercie Jacqueline Peltier pour sa relecture de ce texte et j'invite le lecteur à poursuivre la visite de Weymouth et de ses alentours en compagnie de John Cowper Powys sur le site de la société Powys française.

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