
Un lieu important de Sables de la mer est Chesil Beach, cette immense plage de galets qui relie l’île de Portland à la terre britannique. Dans le chapitre intitulé « Le serpent de mer » ; du nom d’une auberge imaginaire située sur Portland, Powys décrit un naufrage ayant lieu sur cette plage par un soir de tempête. C’est du Turner ; la peinture Pêcheurs en mer, accompagnée du bruit assourdissant des galets soulevés par la mer et de l’odeur de la mer mêlée au goémon. Tout d’abord, le naufrage apparaît au loin dans l’obscurité, du haut du promontoire qui domine la plage. Puis nous nous trouvons en plan rapproché sur la plage, au milieu du vent et des vagues qui déferlent sur les galets, où deux personnages essaient de se parler malgré le bruit de la tempête.
Je me suis rendu sur cette immense plage de galets lors de mon séjour, au terme d’une randonnée tout autour de l’île de Portland. Sous un soleil de plomb, j’ai marché dans les carrières et sur les sentiers douaniers de cet étrange plateau rocheux qui domine la mer tel un navire en pleine mer. Ce lieu, qui abrite une réserve naturelle, est connu pour ses carrières de calcaire blanc ; une pierre très réputées dans le Pays, ayant servi à la construction d’édifices célèbres comme la cathédrale Saint-Paul de Londres. À son extrémité, en contrebas, se trouve la pointe de l’île dénommée Portland Bill, sur laquelle émergent un phare et un sémaphore. Puis on longe la côte ouest de l’île, ouverte aux vents violents de l’Atlantique, sur une lande déserte et sauvage. Seuls quelques éperviers osent s’aventurer en haut des vastes falaises qui dominent la mer. Ensuite il faut traverser une vieille carrière, passer sous un amas de pierre et sur un pont au dessus d’une falaise vertigineuse… Au détour du sentier, après quelques heures de marches, apparaît enfin Chesil Beach.
La première chose qui retient l’attention c’est la vastitude du lieu. Sur plus de vingt kilomètres s’étend un tombolo de gros galets unique en son genre, formant une barrière naturelle contre les assauts de la Manche. Et lorsque l’on prête attention au bruit des incessantes allées et venues des millions de galets entraînés par la mer, on ne peut qu’être fasciné par cette harmonie monadique. Un son qui s’amplifie au fur et à mesure que l’on s’approche de la plage en empruntant un chemin qui descend du haut de la falaise jusque sur la digue. Là se trouve un vieux pub de marins : The Cove house inn, où j’ai dégusté une pinte de bière avant de prendre le bus pour Weymouth. Le visage humecté de sueur et de sel, harassé de fatigue mais heureux, j’ai passé une bonne heure à contempler la mer. Hormis quelques pêcheurs à la ligne, la plage était quasi vide. Seuls deux surfers se risquaient à affronter les flots impétueux de la Manche à l’extrémité de la plage, au seul endroit où il semble possible de se baigner sans risquer sa vie. Un panneau indique notamment qu’en ce lieu, qui inspira John Cowper Powys, plusieurs navires ont été drossés par la mer lors de terrifiantes tempêtes.
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