
Le chapitre de Sables de la mer intitulé « Guignol sur la plage » décrit la plage de Weymouth en plein été, au mois d’août. Cette description est assez proche de celle faite par Thomas Mann dans La mort à Venise. Si les lieux diffèrent, l’atmosphère est proche et le but recherché le même. Pour les deux écrivains la description de la plage en été est en effet un moyen de décrire, dans le même microcosme à la fois singulier et universel qu’est la plage, les deux âges de la vie que sont l’enfance et l’âge adulte.
Ainsi la marée basse, découvrant une grande partie de la plage, est pour Powys un lieu duquel une myriade d’images du premier âge, toutes plus attendrissantes et amusantes les unes que les autres, peuvent être décrites avec nostalgie. À l’instar du héros de Thomas Mann, subjugué par la vision des enfants s’ébattant sur la plage du Lido, il s’agit pour Powys de dépeindre l’insouciance joyeuse des enfants jouant sur le sable humide. La partie basse de la plage, recouverte de sable humide, est le symbole de l’innocence et de la jeunesse « immorale et légère ». Cette partie de la plage sera recouverte quelques heures plus tard et les châteaux de sable et autres constructions éphémères auront complètement disparu sous les flots dévastateurs de la marée.
Powys consacre un passage de son Autobiographie à la description des jeux d’enfants sur le sable mouillé, tels qu’il les a lui-même pratiqués lors de ses vacances d’enfance passée chez sa grand-mère, à Weymouth. Dans son autobiographie comme dans Les sables de la mer, il s’agit pour lui de décrire la sensation mystérieuse d’éternité ressentie par l’enfant et restée gravée dans sa mémoire d’adulte.
La sensation éprouvée quand la mer fait à la fin bel et bien irruption entre nos rives de sable, qui, sous le flux de longues vaguelettes, blanchissent, cèdent, s’enfoncent, s’aplatissent, sont invinciblement déformées, arrondies, réduites à l’état de limon… et le sable que nous avons amoncelé se met à glisser de plus en plus, de plus en plus, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien que la surface lisse offerte par le sol à la mer depuis des milliers d’années…Cette sensation, qui pourrait évoquer son mystère ? [1]
La partie haute de la plage, où se trouve le sable sec, est le lieu de repos des adultes en vacances. Ce lieu est celui du bavardage et de l’inaction caractéristiques des adultes en vacances, vautrés sur le sable ou confortablement assis dans des chaises longues. À ce niveau de la plage, la société a pris le pas sur l’innocence et l’on y parle beaucoup pour ne rien dire… Powys décrit avec beaucoup d’humour cette situation des adultes sur la plage en été.
Sur le sable sec c’était une humanité gaillarde, truculente, rabelaisienne qui prenait du bon temps ; des mortels insouciants et grivois qui mangeaient, buvaient, philosophaient, menaient leurs intrigues galantes et potinaient. [2]
Le haut de la plage n’est que très rarement recouvert par la mer, ce qui explique pourquoi le sable y demeure sec pendant les mois d’été. Seules les grandes marées, comme les marées d’équinoxe, permettent à la mer d’atteindre cette partie haute de la plage.
Cette masse d’eau mouvante, affleurant en silence à la surface des quais, le long des plages et au pied des falaises, revêt quelque chose de fantastique la nuit venue. Dans Les sables de la mer, Powys imagine les créatures sous-marines peuplant ce monde obscur aux côtés de navires et de corps de noyés, tel celui de Jules Lequier, hantant les profondeurs de la Manche. La marée montante, la nuit venue, exerce une influence sur les personnages du roman, qui se trouvent tous plus ou moins envoûtés par ce phénomène cosmique.
1 commentaires:
Parce que "le sentiment océanique"... visiblement. Je tiens à vous complimenter, toi et ton complice Rynerien, pour le dernier "Grognard", que j'ai dévoré.
Un sacré florilège, de sensations fortes, d'errances immobiles, magnifiquement composé et interprété. Quand la revue devient du grand art!...
Stéphane.
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