29 oct. 2011

Nuit sur le lac d'Orta


















La nuit tomba et avec elle la brume qui se faufila, mystérieusement, parmi la végétation moussue, traînant après elle de longs tentacules; le lac commença à se déplacer imperceptiblement, du moins est-ce l'impression que donnent les brumes changeantes et les eaux qui effacent et corrigent sans cesse les images du ciel et des montagnes. Le ciel, plein d'étoiles, embrassait les eaux du lac déchirées par des beffrois, des coupoles et les lents sillons tracés par les bateaux (maintenant éclairés comme des lucioles) qui, tels des planètes, en faisaient paresseusement le tour. Je n'avais, de ma vie, connu un tel sentiment de paix, suspendu sur cet étroit balcon entre le ciel, la montagne et le lac, avec l'impression d'être moi-même devenu une traînée de brume flottant lentement sur lui-même, comme projeté sur un diorama de théâtre.


Lawrence Durrell
Le sourire du Tao
Traduction de Paule Guivarch
Gallimard, 2004

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