
Lors de mon petit séjour à Weymouth, j’ai eu la chance de pouvoir assister à une représentation du fameux spectacle de Guignol sur la plage, leitmotiv du roman de John Cowper Powys. Me promenant tôt le matin sur l’esplanade, avant que les jeux de plages ne soient installés, j’ai constaté que la porte de la cabine du « Punch and Judy show » était ouverte… À l’intérieur, un homme d’une cinquantaine d’année s’affairait comme un acteur dans sa loge avant de monter sur scène. Je lui dis qu’ayant lu Les sables de la mer, c’est avec un grand plaisir que j’assisterai à une représentation du show. Le professeur Marc Poulton (son nom de scène était inscrit sur la cabine) me répondit avec beaucoup de gentillesse qu’une représentation aurait lieu le soir même, à 20h30, avec un jeu d’éclairage exceptionnel.
« Une représentation à ne pas manquer ! » me dit-il.
Dans le premier chapitre de Sables de la mer, le répétiteur de latin Magnus Muir s’étonne, alors qu’il se promène sur l’esplanade par un froid soir de janvier, de voir des enfants assis devant le spectacle de guignol sur la plage. Je ne pense pas que de telles représentations aient encore lieu en hiver à notre époque. Quoi qu’il en soit, la voix de Mr Punch, retentissant sur la plage et sur l’esplanade de Weymouth en août 2011 était sans aucun doute à peu près la même que celle entendue par John Cowper Powys au début du siècle dernier. Une voix aigue et nasillarde appelant madame Judy avec insistance, « Judy ! Judy ! Judy ! » ou menaçant le clown, le crocodile et autres personnages de coups de bâtons, en criant « go away ! go away ! go away ! ».
Confortablement installé à la table d’un Fish and chips, aux alentours de 20 h, je regardais le groupe d’enfants s’agrandir sur le fond de musique de cirque émanant de la cabine du « Punch and Judy show ». Un grand calme régnait sur la plage. La nuit tombait tranquillement. Au loin, quelques voiliers effectuaient leurs ultimes manœuvres. Sur les falaises de craie où j’allais me rendre le lendemain, le soleil dardait ses derniers rayons. Mouettes et goélands voletaient au dessus de l’eau, non loin de jeunes Anglais s’ébattant sur la plage. Des jeunes filles se promenant main dans la main au bord de l’eau me firent penser aux sylphides imaginaires de Powys. En mon for intérieur, je ressentais comme un privilège d’être là, à la fois spectateur et acteur de cette éternelle scène d’un éternel été.
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