Je ne fis part de mon dessein à personne, ce dont je pouvais d'autant mieux me dispenser que la carte me guidait par sa légende, "S. Vinez". Certes, je ne savais rien d'un Saint Vinez. Mais en savais-je plus d'un Saint Fabiano, d'un Saint Romano ou Symphorio, qui avaient donné leur nom à d'autres bourgs des environs ? Même si mon guide n'indiquait pas ce nom, cela ne voulait rien dire a priori. Des paysans habitaient la région, et les marins se repéraient dessus : mais les premiers et les seconds usaient de différents noms pour les mêmes lieux. Ainsi consultai-je des cartes de géographie assez anciennes, et quand elles ne m'eurent pas amené plus loin, je me suis procuré une carte de navigation. Cette recherche me fascina vite, et c'eût été au contraire à mon honneur de quérir encore, à un stade si avancé de la chose, l'aide ou le conseil d'un tiers. J'avais de nouveau passé une heure sur mes cartes, lorsqu'un ami de l'endroit m'invita à entreprendre une promenade vespérale. Il voulait me conduire devant la ville sur la colline, d'où m'avaient salué si souvent, au-dessus de la cime des pins, les moulins à vent depuis longtemps mis à l'arrêt.
Walter Benjamin
Archives. Images, textes et signes.
le dépaysement : Jean-Luc Nativelle
Il y a 9 heures
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire